Tara Lucy

Elle était la joie de vivre, le bonheur.
Un bonheur qui avait été soufflé un terrible jour. Elle ne se souvenait plus de la date exacte, elle ne savait plus quel âge elle avait mais elle se souvenait du salon, de ce qu’elle était en train de lire, du froid qui engouffra la maison lorsque la porte s’ouvrit, de son père qui arriva devant elle, son visage d’ordinaire toujours jovial devenu soudainement triste. Elle ne se souvenait plus de ce qu’il lui avait dit, tout ce qu’elle savait c’était que sa mère était à l’hôpital.

Elle était la joie de vivre, le bonheur.
L’hôpital, les longs couloirs blancs, l’odeur du désinfectant. L’odeur de la mort. Sa mère sentait cette odeur. Elle lui prit la main, fit des promesses à sa mère. Des promesses qu’elle ne tiendrait pas.

Elle était la joie de vivre, le bonheur.
Son rire… Plus personne ne l’entendit ce jour-là. Pourquoi devait-on absolument mettre sa mère dans une boîte ?
Avait-elle promis de rester la joie de vivre, le bonheur ? De le rester pour son père ?
Elle ne s’en souvenait plus.

Elle était la joie de vivre, le bonheur.
Les larmes ne coulèrent pas, refoulées. Son être se construisit un barrage, un rempart infranchissable. Elle avait essayé de tenir les promesses qu’elle avait faites. Mais que pouvaient les mots contre la souffrance ?

Elle était la joie de vivre, le bonheur.
Quand avait-elle commencé à se gratter jusqu’au sang ? Quand son inconscient avait-il voulu que sa souffrance sorte au point que cela se répercute sur son corps ?
La femme qu’elle voyait quotidiennement ne pouvait pas comprendre sa souffrance. Son père souffrait mais tenait le coup pour elle.

Elle avait été la joie de vivre, le bonheur.
Ce jour-là, on l’avait emmenée ailleurs, loin de chez elle, loin de son père. Elle était dans un hôpital pour les personnes comme elles.
Son père lui avait écrit une lettre qu’elle lisait chaque soir, c’était une promesse.

J’ai trouvé une organisation qui œuvre pour arrêter la maladie et la mort. Les autres n’auront pas à souffrir, l’Humanité deviendra belle. Pour toi ma chérie, je rendrai le monde meilleur.

Elle avait été la joie de vivre, le bonheur.
Un sourire. C’était tout ce qu’elle avait reçu de sa part, mais c’était déjà bien assez.
Son sourire…
Elle ne se rendit pas compte mais ses blessures se refermèrent dans les jours qui suivirent, son inconscient ne lui faisait plus mal.
Finalement, elle eut le courage de voir celui qui lui avait souri, qui lui avait montré qu’elle existait encore :
"Bonjour, moi c’est Cassy.
- Salut Cassy ! Moi c’est Gabriel."

Elle était la joie de vivre, le bonheur.
L’infirmière voyait bien qu’ils s’entendaient à merveille. Gabriel apprenait enfin à se sentir responsable de quelqu’un. Cassy n’avait que douze ans et sa fragilité rendait Gabriel plus adulte. Il devint un grand frère pour elle.


J’ai trouvé une organisation qui œuvre pour arrêter la maladie et la mort. Les autres n’auront pas à souffrir, l’Humanité deviendra belle. Pour toi ma chérie, je rendrai le monde meilleur.

Elle savait que les promesses n’étaient que des mots, elle qui n’avait pas tenu sa parole.

L’organisation tiendrait-elle ses promesses ?
Ou n’était-ce encore que des mots ?


Au même moment, quelques kilomètres plus loin, dans une base secrète, un homme arrivait. Il voulait absolument voir une certaine personne. Le garde voulut l'éliminer mais lorsqu'il sut son identité, l'inconnu put entrer.

Lorsque le docteur le vit, il se figea de stupeur. L'inconnu le regarda d'un air désespéré puis se mit à cracher du sang :

"Aide-moi, supplia-t-il.
- Pourquoi ferai-je cela, Adam ?"

Il se plia en deux de douleur. Le docteur tressaillit puis se rapprocha. Adam, le souffle court, leva un visage en larmes semblable à celui du docteur :

"Parce que je suis ton frère, Sophie."

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